Histoires d'entrepreneurs · Vendredi 14 octobre 2016

Jarre : contrer le gaspillage alimentaire grâce au design

L’histoire de Gabrielle Falardeau et d’Élyse Leclerc

Rien ne désole davantage Gabrielle Falardeau et Élyse Leclerc qu’un sac de carottes molles oublié dans le réfrigérateur entre la mayonnaise et le beurre. Pour contrer le gaspillage alimentaire, les deux entrepreneures derrière Jarre, une firme de design montréalaise, proposent une solution originale : sortir la nourriture du frigo.

Le produit phare de l’entreprise, baptisé La Denise, est un ensemble de trois modules en bois et céramique pouvant être installés sur un mur ou un comptoir de la cuisine. Chacun utilise une technique de préservation naturelle différente, ce qui permet de conserver plus de 25 variétés de fruits et légumes plus longtemps que dans un réfrigérateur, et ce, sans électricité.

La Denise offre aussi l’avantage de conserver les aliments à la vue de tous. « Si je vois les poireaux, j’aurai davantage le réflexe d’en ajouter dans une recette », souligne Élyse Leclerc, 27 ans. Et lorsqu’une fringale se fait ressentir, l’orange est aperçue avant le sac de croustilles.

Comme chaque module se vend 200 dollars ou plus, La Denise n’est pas à la portée de tous les portefeuilles. Mais la demande est bien réelle, affirme Gabrielle Falardeau. « On a une liste d’attente! »

Quand amitié et entrepreneuriat font bon ménage

L’amitié entre les deux cofondatrices de Jarre remonte à la pouponnière. « On ne se souvient pas de notre première rencontre », rigole Élyse Leclerc.

Les deux jeunes femmes sont toutefois certaines d’une chose : elles ont toujours voulu se lancer en affaires ensemble. « Quand on était ado, on rêvait d’ouvrir un bar où on changerait le mobilier chaque mois », se souvient Gabrielle Falardeau.

Malgré leur fibre entrepreneuriale, elles ont boudé la gestion et les finances et plutôt opté pour des domaines qui les passionnaient : le cinéma pour Gabrielle Falardeau, le design pour Élyse Leclerc. Des formations qu’elles ont ensuite complétées avec une année en ébénisterie. Le reste s’apprendrait tout simplement sur le tas, se disaient-elles.

Leur premier projet d’affaires a été un service de traiteur baptisé Turquoise et Échalote, dont les produits auraient été livrés dans des pots Masson. Elles ont vite déchanté devant les normes qui encadrent la production en conserves. « Il aurait fallu des appareils de contrôle, des processus; un vrai travail d’usine. Ce n’était pas ça, notre rêve », explique Gabrielle Falardeau.

Cet échec leur a toutefois permis de prendre connaissance du phénomène du gaspillage alimentaire. Près du tiers des aliments produits à l’échelle mondiale se retrouve au dépotoir plutôt que dans l’estomac, et une bonne part des pertes survient chez le consommateur. C’est là que l’idée de mettre le design au service de l’alimentation a pris forme.

Pour fonder Jarre, elles se sont tournées vers le sociofinancement. Leur campagne, lancée sur Kickstarter à l’été 2015, leur a permis d’amasser 28 000 dollars, près du double de leur objectif initial. Surtout, cela les a « poussées à passer à l’action », souligne Gabrielle Falardeau. Car désormais, il y avait des clients à servir.

Consultez aussi : Comment bien réussir une campagne de sociofinancement

Les deux amies font presque tout par elles-mêmes, du design au marketing en passant par la comptabilité et l’inventaire des matériaux. Comme la gestion quotidienne de l’entreprise les absorbe, elles ont retenu l’aide de trois mentors. 

« Ils nous permettent de prendre du recul, explique Élyse Leclerc. C’est fou comme ça aide d’avoir un avis extérieur! »

Un de leur mentor, à qui elles expliquaient tenir mordicus à ce que leurs produits soient 100 % locaux, a remis en question cette exigence. « Il a dit : “Les vêtements que vous portez en ce moment, est-ce qu’ils viennent d’ici ? Est-ce vraiment si important ?”, se souvient Gabrielle Falardeau. On a réalisé que, pour survivre, on ne pouvait pas tout fabriquer ici. Il faut choisir nos combats, et nous, c’est le gaspillage alimentaire. »

Cela ne signifie pas qu’elles travaillent avec n’importe qui pour autant. Avant de choisir le céramiste français qui fabrique l’une des pièces de La Denise, elles ont pris le temps de le rencontrer pour s’assurer qu’il partageait leurs valeurs. « Si on a un fournisseur en Chine un jour, on fera la même chose », assure Gabrielle.

JARRE EN CHIFFRES

  • 1 : le nombre d’employés
  • 2 : le nombre de lévriers italiens dans la boutique, prénommés Luna et Sigur
  • 3 : la durée de conservation en semaines d’une tomate sur La Denise
  • 10 : le nombre de produits offerts
  • 17 : le temps de cuisson en heures d’un bol en céramique

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