Histoires d'entrepreneurs

Belle et Bottines: de nouveaux modèles féminins

L’histoire de Vicky Bonneville

Vendredi 21 février 2020
Travailler dans un milieu dit non traditionnel comporte souvent son lot de défis pour les femmes, dont celui de se vêtir adéquatement pour accomplir les tâches quotidiennes. C’est donc pour remédier à des contrariétés récurrentes, et pour pouvoir travailler fièrement, que Vicky Bonneville a fondé Belle et Bottines.

Originaire de Saint-Sébastien en Montérégie, Vicky Bonneville a grandi dans une famille qui gérait une ferme porcine. Très intéressée elle aussi par le domaine agricole, elle a fait ses études en ce sens et est devenue chef de parcelle pour Agriculture et Agroalimentaire Canada. Elle gère ainsi 83 hectares de terres — et 14 chercheurs — sur lesquelles on mène des expériences à des fins de recherche et de développement.

L’idée

Pendant longtemps et pour des raisons de confort, Vicky Bonneville a emprunté des vêtements à son conjoint. « Mais à un moment donné, j’en avais assez d’avoir l’air de la petite fille qui emprunte un chandail pour aller dans le champ, remarque l’entrepreneure. Moi aussi, je sais faire une vidange d’huile; moi aussi, je conduis un gros tracteur. C’est ma job tous les jours. » 

Des vêtements pour femmes adaptés aux métiers dits non traditionnels existent, mais leurs prix sont parfois dissuasifs, surtout ceux des vêtements susceptibles d’être salis et « maltraités ». Comme le dit l’agricultrice, « payer une veste 75 $ ou un t-shirt 35 $, quand tu sais que tu vas l’abîmer dans la semaine, ça fait un peu de peine ». Vicky Bonneville s’est donc donné pour mission de dénicher des vêtements adaptés à son mode de vie, c’est-à-dire des vêtements plus longs à l’arrière et seyants même quand on lève les bras, qui ne seraient pas trop moulants, mais suffisamment ajustés à l’avant pour éviter qu’ils découvrent le corps quand on se penche, tout en étant abordables. Elle a donc épluché des catalogues de fournisseurs et commandé divers modèles, puis entrepris de tester, de laver et de déterminer la qualité et le confort des morceaux choisis. 

Afin de personnaliser sa sélection de vêtements, l’entrepreneure a ensuite eu envie d’y ajouter une griffe. Quelques tests plus tard, le logo de Belle et Bottines était né. « J’ai opté pour un logo brodé parce que des vêtements de travail, c’est maltraité. Moi, j’ai quatre ou cinq chandails qui doivent être lavés chaque fois que je les ai portés. » Dans le souci d’assurer la durabilité de la broderie, Vicky Bonneville a fait appel à un brodeur local pour personnaliser les premiers morceaux. La formule était trouvée. Peu à peu, les vêtements portés par Vicky Bonneville ont attiré l’attention de ses amies, qui lui ont demandé de leur en fournir. Les demandes se sont multipliées. 

« Belle et Bottines, c’est aussi ça : l’histoire de toutes ces filles qui ont choisi un métier non traditionnel. Il faut être fière de ce que l’on fait. En 2020, chacune a droit à sa place. »

Le déploiement

La marque Belle et Bottines est donc née en juillet 2018, quand l’apprentie entrepreneure a décidé de vendre ses vêtements lors d’une fête municipale, à laquelle elle participait comme bénévole. À cette époque, encore peu sûre de son désir d’investir temps et énergie dans le projet, elle avait décidé de ne vendre ses produits qu’en misant sur le bouche-à-oreille. 

Toutefois, en découvrant quelques mois après le lancement de sa marque, qu’une autre Québécoise créait des vêtements humoristiques destinés aux agricultrices, le déclic s’est produit : prenant conscience que Belle et Bottines lui tenait à cœur, Vicky Bonneville a senti qu’elle devait tenter de faire évoluer la marque. Elle a donc créé une page Facebook pour l’entreprise et commencé à fréquenter les foires horticoles, les soirées d’agriculteurs et tous les événements auxquels elle pouvait être conviée grâce à son réseau. Comme elle doit conserver son emploi de jour, l’entrepreneure, qui est aussi une mère, se consacre le soir à son entreprise afin de la faire prospérer et de préparer les commandes, qui sont toutes expédiées par la poste. 

La prochaine étape

En tant qu’entreprise autofinancée depuis sa création, Belle et Bottines ne possède pas encore de site Internet, mais des démarches en ce sens ont été engagées. Le projet d’une plateforme Web pourrait se concrétiser bientôt, puisque Vicky Bonneville vient de recevoir une commande d’une centaine de morceaux pour un contrat de cogriffage lié au domaine de l’agriculture. 

Dans l’intervalle, l’entrepreneure continue de rechercher des vêtements offrant le meilleur rapport qualité-prix afin d’étoffer la sélection offerte. Parmi les articles convoités par les femmes qui exercent un métier physique, figurent des chaussettes qui ne « roulent » pas dans les chaussures ainsi que des bottes et des bottines féminines vraiment robustes. Pour le moment, Belle et Bottines propose des cotons ouatés et d’autres chandails, des camisoles et des casquettes, tous brodés en Montérégie. Vicky Bonneville a entrepris en parallèle un autre projet : la conception d’une boîte personnalisée et écologique, fabriquée localement, qui ne ferait pas augmenter le coût des vêtements, mais qui viendrait asseoir la marque. 

L’agricultrice rêve-t-elle de se consacrer un jour entièrement à son entreprise? Peut-être, mais pour le moment, elle est particulièrement fière de voir des femmes porter ses produits pour travailler, mais aussi pour vaquer à leurs autres activités. « À la base, ce projet, c’était pour moi. J’ai comblé mes besoins vestimentaires. Je me suis rendu service et j’espère en faire autant pour d’autres. »

 

L’entreprise en chiffres

83 : superficie totale en hectares des terres gérées par Vicky Bonneville

10 : nombre de vêtements proposés actuellement

 

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