Histoires d'entrepreneurs

Raplapla: se tailler une place dans le cœur de la communauté, L’histoire d’Érica Perrot

Vendredi 22 novembre 2019

Raplapla: se tailler une place dans le cœur de la communauté

L’histoire d’Érica Perrot

Raplapla est le projet qu’a lancé Érica Perrot il y a quatorze ans dans sa cuisine et qui, depuis, fait bien des petits en peluche. C’est l’histoire d’une entreprise qui crée de beaux produits, à son rythme, et qui grandit aux côtés de ses petits clients. 

C’est lors d’une période de transition professionnelle en 2005 qu’Érica Perrot, formée en design de mode, a confectionné sa première création en chiffon, une poupée prénommée Églantine, pour l’une de ses filles. Trop populaire pour satisfaire ses deux filles, la poupée allait être suivie d’une, puis d’une autre… L’entreprise Raplapla était née. 

Rapidement, la jeune créatrice a participé à l’exposition SOUK@SAT (rebaptisée en 2018 SOUK MTL), ce qui lui a permis de faire découvrir ses créations au grand public. Allaient s’ensuivre une bourse du SAJE et un stage avec accompagnement pour permettre à l’entreprise de prendre réellement forme.

Une entreprise qui prend le temps

L’idée derrière Raplapla, celle qui sous-tend toutes les décisions d’Érica Perrot depuis le début, est de créer à la fois des objets durables (donc réparables), mais aussi de la valeur pour les mains qui produisent ceux-ci et pour les enfants auxquels ils sont destinés. Produire localement, donc, dans un grand souci de qualité des produits et du bien-être des travailleurs de la chaîne de production, et avec conscience, c’est-à-dire en créant des objets capables de passer l’épreuve du temps et des modes.

« Aujourd’hui, il existe un réel mouvement appelant à une consommation plus responsable, mais il y a 14 ans, on parlait peu de la notion de conditions justes pour la création et pour les travailleurs dans le domaine des jouets. Je voulais proposer une solution de rechange en misant sur la qualité des matériaux et l’apparence des jouets. J’avais envie de choses un peu différentes, un peu plus rigolotes. »

Érica Perrot

Au départ, l’entreprise reposait uniquement sur les épaules de sa fondatrice, seule à la machine à coudre. La plupart de ses créations étaient issues de retailles de tissu qui lui étaient fournies par des créateurs locaux et qui possédaient peu de valeur par rapport au temps nécessaire pour confectionner des produits finis à partir d’elles. Érica Perrot s’est d’ailleurs rapidement rendu compte que, si le travail des retailles représentait un beau défi, le jeu n’en valait pas la chandelle. Elle s’est donc mise à travailler avec des rouleaux de tissus neufs en concevant ses poupées et peluches soigneusement afin d’optimiser les coupes et de réduire au maximum les pertes.

« Lentement, mais sûrement, nous nous réveillons par rapport aux questions du gaspillage et de la production des aliments, mais aussi des objets, remarque Érica Perrot. Il y a une tendance réelle : nous consommons moins et mieux. Nos clients ne sont pas nécessairement riches, mais ils choisissent ce qu’ils achètent. »

Un modèle qui grandit

Les quatre premières années ont été les plus difficiles aux yeux de la nouvelle entrepreneure, qui s’est efforcée de se faire connaître et de réussir à ficeler un modèle viable financièrement. De fil en aiguille, celle qui incarnait seule l’entreprise s’est adjoint des collègues (ils forment désormais une équipe de quatre personnes) et a déniché un coquet local sur la rue Villeneuve, à Montréal, où elle a ouvert sa boutique en 2009. 

Près de la moitié du chiffre d’affaires provient de la vente en gros des modèles les plus populaires, qui sont en partie réalisés par une équipe — locale évidemment — de sous-traitants. Raplapla, qui vend aussi sa production dans son atelier-boutique, s’est également mise à la vente en ligne. Ce canal croît lentement, mais sûrement.

L’hôpital pour personnes en tissu

Raplapla ne pratique peut-être pas énormément le marketing traditionnel, mais elle fait tout de même jaser pas mal en raison de ses idées originales. Le meilleur exemple est probablement l’initiative de l’hôpital pour personnes en tissu, qui a été fondé en 2015.

Dans cet hôpital, aménagé à même l’atelier-boutique afin de prodiguer divers soins de réparation, des peluches malmenées par la vie se refont une santé. L’idée est venue de la demande de fidèles clients qui ont manifesté le besoin de faire réparer des Raplapla, mais aussi d’autres jouets. « Nous réparions nos propres jouets au départ, puisque ça s’inscrit dans le concept de la production locale, mais nous nous sommes rendu compte que la capacité de raccommoder des peluches était une habileté qui s’était en quelque sorte perdue. Nous avons donc pris la relève. »

En 2014, on a annoncé l’ouverture de l’hôpital pour personnes en tissu, qui a immédiatement apporté une belle visibilité à la boutique. Certaines personnes se sont même déplacées seulement pour aller visiter ce dernier. Le service reçoit aujourd’hui plusieurs demandes par jour, certaines lui parvenant de l’autre bout du pays… et même de l’autre côté de l’Atlantique. Ce qui était à la base un service offert à la communauté est donc devenu une sorte d’outil marketing, tout comme les diverses activités proposées par la boutique qui ont fait couler beaucoup d’encre dans les médias.

La qualité avant la quantité

L’entreprise fondée par Érica Perrot se porte bien aujourd’hui. En plus de ses produits, Raplapla propose divers ateliers et activités dans son local montréalais tout en développant de nouvelles collaborations. 

Pour l’avenir, Érica Perrot vise des objectifs fidèles à sa mission de toujours : faire croître les ventes en ligne et consolider les acquis afin de continuer à assurer de bonnes conditions de travail à toutes les personnes engagées dans l’aventure Raplapla et trouver le juste milieu entre prix raisonnables et qualité de vie. Quant à l’entrepreneure, elle continuera de travailler de plus en plus avec des tissus locaux et de mener ses autres initiatives entrepreneuriales, dont le marché nënë, une foire destinée aux enfants et aux familles (elle a aussi été partenaire pendant 7 ans de la pâtisserie-confiserie Dinette Nationale). Elle entend aussi continuer à profiter de la liberté créative que lui offre sa vie d’entrepreneure pour façonner un monde plus doux, un Raplapla à la fois. 

 

L’entreprise en chiffres

60 : le nombre (approximatif) de produits Raplapla

4 : le nombre de membres dans l’équipe Raplapla

9 : le nombre de lits à la disposition des patients à l’hôpital pour personnes en tissu

ENVIE D’EN SAVOIR PLUS?

Visitez le site Web de Raplapla

Crédit photo: Katya Koioukhova