Histoires d'entrepreneurs · Vendredi 1 septembre 2017

Alvéole : changer le paysage urbain un toit à la fois

L’histoire d’Étienne Lapierre

Installer des ruches d’abeilles sur les toits d’écoles, de bureaux et d’autres immeubles en ville pouvait sembler un rêve impossible à réaliser! Mais c’est en gardant les deux pieds sur terre qu’Étienne Lapierre et ses deux partenaires sont devenus des pionniers de l’apiculture urbaine à Montréal.

Étienne Lapierre et ses deux amis, Alexandre McLean et Declan Rankin Jardin, étaient loin de se douter que leur séjour au Manitoba pour apprendre les rudiments de l’apiculture allait leur donner la piqûre de l’entrepreneuriat. C’est en travaillant avec les abeilles qu’ils constatent que le modèle de production commerciale est exigeant pour les butineuses et que l’utilisation de pesticides est courante dans l’industrie. « On s’est dit qu’on allait revoir le modèle pour le rendre plus durable pour l’environnement et les abeilles en exploitant les territoires urbains. », mentionne Étienne Lapierre.

Ils donnent le coup d’envoi à Alvéole avec un projet pilote en 2011. Des ruches sont alors installées dans une ruelle de Montréal. Les abeilles peuvent ainsi butiner dans un environnement sans pesticides et les activités de l’entreprise sont gérées depuis un garage de la rue de Bordeaux. « Tous les résidents de la rue venaient visiter les ruches. On s’est aperçu que les abeilles permettaient de créer des liens sociaux. », raconte Étienne Lapierre.

La mission d’Alvéole se raffine ensuite pour prendre une dimension sociale. Leur but est non seulement de produire du miel local et d’améliorer la pollinisation, mais aussi de permettre aux citadins d’aller à la rencontre de leur environnement. Les trois entrepreneurs s’inspirent également de projets réalisés sur les toits de New York.

Consultez aussi : ÉAU : sur la voie de l’autonomisation alimentaire

Alvéole se définit aujourd’hui comme une entreprise de services. Elle s’occupe du maintien des colonies et récolte le miel produit par les abeilles pour le redonner à ceux qui les hébergent sur leur toit en échange d’un montant forfaitaire. Des particuliers et des entreprises comme Agropur ou Métro ont accordé leur confiance à l’entreprise sociale. Environ 800 ruches ornent maintenant les toits du Grand Montréal, de Toronto et de Québec.

« Il faut valider son projet avec les ventes. Souvent, on attend d’avoir un plan d’affaires parfait avant de se lancer. »

Étienne Lapierre

Innover et créer un nouveau modèle d’affaires

Convaincre le public de la faisabilité de leur initiative n’a pas toujours été facile. Étienne Lapierre avoue s’être lancé en affaires un peu naïvement sans trop avoir conscience des défis auxquels son équipe et lui allaient faire face. Ils ont dû défoncer des portes pour faire bouger la réglementation des arrondissements et persuader les directions d’écoles que les abeilles sont inoffensives. Comme l’apiculture urbaine était inexistante à Montréal, tout était à bâtir.

« Créer un modèle d’affaires, c’est un gros défi, mais c’est motivant. On a des étincelles dans les yeux parce qu’on amène un vent de changement. »

Étienne Lapierre 

Au-delà des ventes de miel, Étienne Lapierre assure qu’Alvéole souhaite demeurer une entreprise qui mise sur la participation sociale en impliquant le citoyen dans sa production. Leur partenariat avec l’Accueil Bonneau, qui a débuté de façon inusitée, le rend particulièrement fier. En 2013, il reçoit un appel d’un avocat qui lui suggère de s’associer avec l’organisme venant en aide aux personnes en situation ou à risque d’itinérance. Étienne Lapierre accepte le projet à perte la première année, mais aujourd’hui, il s’en réjouit. « À ce jour, c’est notre plus gros mandat. Il comprend 64 ruches au total! Les bénéficiaires de l’Accueil Bonneau s’impliquent et les citoyens achètent le miel qui est produit sur des toits d’entreprises. De nombreux liens se tissent à travers ça », précise Étienne Lapierre.

Alvéole veut continuer à innover en gardant en tête sa mission et ses valeurs. Rien n’est encore coulé dans le béton, mais l’entreprise vise à rendre les toits plus verts et attrayants en améliorant notamment le design de ses ruches. « On veut redéfinir le paysage des toits et faire de Montréal un modèle en matière d’agriculture urbaine », conclut-il.

Alvéole en chiffres :

  • 10 : la quantité de miel produite par une ruche, en kilogrammes
  • 27 : le nombre d’employés
  • 22 : l’âge d’Étienne Lapierre lorsqu’il s’est lancé en affaires
  • 50 000 : le nombre d’abeilles dans une ruche

je passe à l'action

À NE PAS MANQUER