Histoires d'entrepreneurs

Heyday: converser à l’ère de l’IA et des réseaux sociaux, L’histoire d’Étienne Mérineau

Vendredi 27 septembre 2019

Heyday: converser à l’ère de l’IA et des réseaux sociaux

L’histoire d’Étienne Mérineau

Étienne Mérineau a quitté le monde des agences de publicité en 2016 pour cofonder son entreprise de marketing conversationnel destiné aux marques. À peine un an plus tard, il se classait déjà au palmarès du magazine américain Forbes, qui met en lumière les personnes de moins de 30 ans à surveiller.

Fils de publicitaire, Étienne Mérineau a été plongé dans cet univers à l’âge de cinq ans, quand son père a commencé à le traîner sur les plateaux de tournage. Après avoir fait ses premières armes à 17 ans, il a gravi les échelons dans le domaine publicitaire en travaillant pendant 10 ans dans diverses agences québécoises.

« Au fil du temps, je me suis mis à trouver que, malgré la proximité des agences et des marques, on ne réussissait pas à amener ces dernières à innover, à les faire passer d’un monologue à une vraie conversation avec les consommateurs », explique-t-il.

Un peu déçu de ce qu’il observait, il s’est inscrit en parallèle à un cours en ligne gratuit sur l’entrepreneuriat, financé en partie par le Massachusetts Institute of Technology (MIT) et l’Université Harvard afin de démocratiser l’éducation de haut niveau.

Sur les 55 000 personnes qui suivaient depuis les quatre coins du monde ce cours de base sur l’entrepreneuriat offert à distance une fois par semaine, 47 ont été choisies pour relever un défi : celui de lancer une jeune pousse en une semaine dans le cadre d’un camp organisé sur le campus du MIT. Étienne Mérineau était du nombre. « Ça a été le tournant de ma carrière d’entrepreneur, j’ai vraiment adoré l’expérience. Un compte à rebours s’est enclenché dès mon retour. »

Le saut dans le vide

En janvier 2016, il a décidé de quitter son emploi de publicitaire sans trop encore savoir ce qu’il allait faire. « À cause des 70 à 80 heures que je travaillais par semaine, je n’avais pas le recul nécessaire pour réfléchir, se souvient-il, mais je me disais que, si je ne le faisais pas là, je ne le ferais jamais. La seule règle que je m’étais imposée était de faire n’importe quoi, sauf de la conception-rédaction à la pige, pour éviter de tomber dans un cercle vicieux. »

Durant les six mois qui ont suivi, il a proposé des services de consultation en marketing. Lorsque Facebook a ouvert son API aux programmateurs pour Messenger, il a senti un coup de foudre. Ce média fait appel à la fois son amour des mots et du message, et à son côté geek. « Ça donnait à quiconque sait programmer la possibilité de bâtir des applications conversationnelles sur la plateforme de Messenger, explique-t-il. Sur le plan du marketing ou du service à la clientèle, j’y voyais un énorme potentiel à exploiter pour les marques afin de réinventer l’expérience client. » Mais voilà, Étienne Mérineau n’étant pas technologue, il devait réunir une équipe pour concrétiser son projet.

À cette époque, l’industrie des robots conversationnels était pour ainsi dire inexistante. Il a donc commencé à rédiger des articles de blogue sur Venture Beat, une publication en ligne spécialisée en technologie. C’est de cette manière qu’une agence de publicité belge responsable du fabricant de pneus Bridgestone l’a repéré et mandaté pour concevoir un prototype de robot. Par la suite, l’agence new-yorkaise DDB a fait appel à lui, et enfin Cossette a fait de même pour un de ses clients : la Société des alcools du Québec (SAQ).

Il a alors fait la rencontre de ceux qui allaient devenir ses partenaires d’affaires : Steve Desjarlais et David Bordeleau, deux anciens d’Ubisoft, et Hugues Rousseau, aussi issu de ce monde technologique, ayant travaillé chez Matrox. « Ils possédaient la technologie, mais aucun client, alors que c’était l’inverse pour moi, raconte-t-il. Ils m’ont aidé à fournir un prototype en trois semaines à Cossette pour la SAQ, et la chimie a opéré. »

En juin 2017, le quatuor a officiellement fondé Heyday. À ce moment, les robots conversationnels piquaient la curiosité des marques, mais celles-ci n’étaient pas encore prêtes à investir dans la conception d’un tel outil. Il fallait les convaincre de le faire.

Une expérience conversationnelle hybride

Pendant un an et demi, l’équipe s’est autofinancée et a réussi à attirer ses premiers gros clients, soit Danone, Décathlon et Vidéotron, qui ont aussi été les premiers à adopter cette nouvelle technologie.

« En ayant des détaillants comme Décathlon autour de la table, on a vite réalisé que la meilleure expérience possible avec le robot conversationnel n’était ni humaine ni automatisée, mais bien un hybride des deux », souligne Étienne Mérineau qui, à 31 ans, est le cofondateur et directeur du marketing de Heyday.

L’intelligence artificielle permet ainsi de libérer le personnel en éliminant les tâches répétitives, comme répondre sans cesse aux mêmes questions (ex. : les heures d’ouverture), afin qu’il puisse consacrer son temps, son énergie et son expertise à des questions à valeur ajoutée (ex. : des recommandations d’achat). « Ça transpose en ligne l’expertise du personnel en magasin », remarque-t-il.

Cet élément en particulier a produit un effet de domino pour la jeune pousse technologique qui a vu son nombre de clients exploser. Si bien qu’en environ six mois, elle a pratiquement triplé ses effectifs, qui sont passés de dix personnes à une trentaine.

Un rayonnement à l’étranger et la démocratisation de la technologie

En avril 2019, l’équipe a conclu son premier cycle de financement de deux millions de dollars, mené par le fonds d’investissement Innovobot, auquel ont aussi participé Desjardins Capital et un groupe d’anges investisseurs. L’objectif était de permettre d’exporter l’expertise de l’équipe. C’est le bon moment de le faire, selon Étienne Mérineau, parce que le marché et la technologie ont atteint une certaine maturité.

« Ce sont les ingrédients parfaits pour stimuler la croissance. On se structure aussi à l’interne pour s’engager dans cette voie. »

Étienne Mérineau

L’entreprise en démarrage prévoit en effet qu’elle comptera une quarantaine d’employés dès 2020. Heyday a déjà percé à l’étranger de façon organique, notamment grâce à Décathlon, dont le laboratoire d’innovation se trouve au Canada et qui tente de lancer sa plateforme technologique dans tous les pays où elle mène ses activités.

Heyday se consacre presque exclusivement au commerce de détail. Si certains créneaux sont plus exploités, d’autres se développent. C’est le cas de ceux des centres de rénovation et d’électroménagers, de l’automobile, des produits de consommation emballés, du voyage et des marques de luxe.

« On veut continuer à aller chercher des marques phares dans chacun de ces secteurs, car on sait, grâce à Décathlon, que dès qu’une grande marque embarque, les autres suivent », soutient Étienne Mérineau.

Heyday souhaite aussi mettre en marché une solution pour permettre à de plus petites entreprises d’adopter le commerce conversationnel plus facilement.

L’entreprise en chiffres

2 : les millions de dollars collectés lors du dernier cycle de financement

30 : le nombre d’entreprises clientes

 

ENVIE D’EN SAVOIR PLUS?

Visitez le site Web de Heyday.

 

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