Histoires d'entrepreneurs

Nectar : l’apiculture du 21e siècle, L’histoire de Marc-André Roberge

Nectar : l’apiculture du 21e siècle

L’histoire de Marc-André Roberge

Apiculteur passionné, Marc-André Roberge a souhaité donner une voix aux abeilles. Aujourd’hui, son entreprise en démarrage appelée Nectar permet d’entretenir un dialogue avec elles.

 L’élevage des abeilles pique la curiosité de Marc-André Roberge depuis toujours! Fait intéressant, l’apiculture est pratiquée depuis des millénaires par l’être humain. De plus, les soins prodigués par les apiculteurs modernes s’apparentent à ceux d’il y a deux cents ans. Mais le métier d’apiculteur est loin d’être facile, comme a pu le constater Marc-André Roberge en faisant du bénévolat au sein du collectif d’apiculture de Santropol Roulant alors qu’il était étudiant. « Chaque année, 40 % des ruches meurent en Amérique du Nord, souligne celui qui a terminé ses études en design industriel à l’Université de Montréal en 2014. Le phénomène touche autant les amateurs que les professionnels de l’industrie. »

Pis encore, le problème serait mondial. Depuis le début des années 2000, on constate une hausse marquée et constante du taux de mortalité des abeilles aux quatre coins du globe. Les causes? Elles sont multifactorielles. « Les pesticides de type néonicotinoïde, de même que les changements climatiques qui favoriseraient l’apparition de nouvelles maladies, sont pointés du doigt, explique le Montréalais de 27 ans. Résultat : les données historiques et anecdotiques sur lesquelles se basent les apiculteurs pour travailler ne sont plus valides. »


 C’est à la suite d’un séjour au sein de l’incubateur pour designers 30 Weeks de Google en 2015-2016 que Marc-André Roberge a décidé d’affronter cette crise. Durant cette parenthèse new-yorkaise, l’entrepreneur en devenir a découvert l’écosystème des jeunes entreprises technologiques, un univers dont il ignorait tout jusqu’alors. « Là-bas, j’ai compris que la technologie pouvait aider les apiculteurs à améliorer les soins qu’ils prodiguent aux abeilles et que des données fiables pourraient leur permettre de prendre de meilleures décisions », raconte-t-il. À son retour à Montréal, il s’est associé avec Xavier de Brey, un ingénieur informatique du même âge que lui issu du milieu des jeunes pousses montréalaises. Ensemble, ils ont fondé Nectar en août 2016.


Entamer un dialogue

La première étape à franchir pour le tandem : concevoir un prototype de capteur pour faire « parler » les abeilles. Dès les premiers mois de leur collaboration, les nouveaux entrepreneurs y sont parvenus : ils ont mis au point une première version d’un outil capable de révéler ce qui se passe à l’intérieur d’une ruche. Grâce aux données récoltées, comme la température, le taux d’humidité, les fréquences sonores, le poids et la position géographique de la ruche, il était désormais possible d’évaluer l’état de santé de la colonie d’abeilles. Les quelques prototypes déployés ont cependant cessé de fonctionner après trois semaines. Ils n’étaient pas assez robustes, semble-t-il. « Nous nous sommes alors rendu compte de l’ampleur des défis qui nous attendaient! », se souvient le cofondateur de Nectar.

Le principal d’entre eux concernait la mise à l’échelle de Nectar. Si connecter une ruche était relativement facile — il existait déjà des outils pour ce faire —, en connecter cent était une autre paire de manches et en connecter plus d’un million, une tâche titanesque. « La technologie doit être fiable, facile à déployer et simple à exploiter pour les utilisateurs, remarque Marc-André Roberge. Surtout, elle doit être peu coûteuse. » Une partie de la solution a consisté à faire appel à l’intelligence artificielle pour entraîner un logiciel à générer des profils diagnostiques pour les ruches.

La centaine d’appareils déployés en 2017 a permis à Nectar de récolter suffisamment de données pour élaborer ses premiers algorithmes. L’idée : transmettre aux apiculteurs, au moyen d’applications existantes comme Messenger ou par messagerie texte, les analyses des données récoltées. Un véritable dialogue était enfin établi entre les apiculteurs et leurs abeilles! « Cet été [2018], nous déployons une version d’introduction du capteur Nectar auprès de nos collaborateurs, et la commercialisation d’une version définitive devrait débuter dès l’année prochaine », prévoit l’homme d’affaires.

 


Économies considérables

Grâce à Nectar, les pratiques apicoles feront leur entrée dans le 21e siècle. Les profils diagnostiques générés en temps réel sur téléphone intelligent simplifient considérablement la tâche des apiculteurs. À l’heure actuelle, ils doivent inspecter manuellement chacune de leurs ruches. « Cette activité génère environ le tiers des coûts de production d’un apiculteur, estime Marc-André Roberge. Les retombées économiques de Nectar seront majeures. »

Il n’est pas le seul à le penser. En avril dernier, Nectar a gagné le prix du public dans le cadre de la compétition FoodBytes! Montréal. L’entreprise s’est imposée à la vingtaine d’autres jeunes entreprises de l’agroalimentaire venues présenter leurs solutions avant-gardistes pour répondre aux défis alimentaires urgents. « Environ le tiers de notre nourriture dépend de la pollinisation des plantes par les abeilles. En favorisant l’amélioration des pratiques apicoles, Nectar va améliorer les rendements », conclut l’apiculteur rêveur.

Nectar en chiffres

6 : le nombre d’employés de la jeune pousse technologique

5 et 7,5 (2 et 3) : les dimensions en centimètres (en pouces) d’un capteur

250 000 : la somme en dollars investie dans Nectar depuis ses débuts

2021 : l’année durant laquelle Nectar devrait devenir rentable 

Envie d’en savoir plus?

Visitez le site Web de Nectar



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