Histoires d'entrepreneurs · Jeudi 19 janvier 2017

Régitex : tisser le succès un fil à la fois

L’histoire de Lisa Fecteau

Lorsqu’elle fonde Régitex, Lisa Fecteau est loin de se douter qu’elle devrait traverser l’une des pires crises de l’histoire de l’industrie manufacturière du Québec. Aujourd’hui, elle est la tête d’une entreprise prospère, située à Saint-Joseph-de-Beauce, au sein de laquelle les processus de gestion ont complètement été revus et où les employés gèrent leur propre horaire.  


Le textile forme la trame de la vie de Lisa Fecteau. Dès sa plus tendre enfance, elle voit son père Réginald Fecteau passer du statut de petit entrepreneur beauceron à celui de magnat québécois de cette industrie. Dans les années 1990, l’entreprise familiale Textiles Du-Ré, qui produit 400 000 livres de fils par semaine grâce au travail de 400 employés, est reconnue comme étant la plus grosse du genre au Québec, et même au Canada.

Mais tout n’est pas rose. M. Fecteau travaille jusqu’à 18 heures par jour. Fatigué, il finit par vendre sa part de Textiles Du-Ré à son associé en 1998. Avec l’argent ainsi obtenu, il investit massivement dans le démarrage d’une nouvelle entreprise familiale, Régitex, dont il confie les rênes à ses deux enfants alors dans la trentaine : Lisa et Sylvain Fecteau. 

 

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Rapidement, l’entreprise se positionne comme un chef de file dans son domaine en Amérique du Nord. « C’est grâce à notre père et à l’argent qu’il a gagné durement que nous avons connu un succès », reconnaît celle qui dirige aujourd’hui seule Régitex.

Survivre à la tempête

La lune de miel est toutefois de courte durée. Au début des années 2000, les activités du secteur du textile se concentrent de plus en plus en Asie, où la main-d’œuvre est moins coûteuse. Les marchés de l’ameublement et du vêtement, qui comptent pour 85 % des affaires de Régitex en 2005, s’érodent tranquillement. Les principaux joueurs tombent au combat les uns après les autres.

« Chaque année, nous voyions notre carnet de clients se métamorphoser de fond en comble. À un moment donné, notre fournisseur principal, qui nous livrait 80 % de nos matières premières, nous a annoncé sa fermeture. Cela nous a pris un an pour le remplacer, un processus qui nous a forcés à regarder la réalité en face. Heureusement que j’avais toujours été prudente et que je disposais d’une réserve financière conséquente pour nous éviter de sombrer! », se souvient l’entrepreneure.

Parallèlement, Lisa Fecteau constate que le domaine des textiles technologiques est en croissance constante et qu’il y a des occasions d’affaires à saisir. Rapidement, elle retire ses billes des secteurs de l’ameublement et du vêtement pour les placer dans le domaine des tissus de haute performance. « Tout était nouveau pour nous dans ce secteur, c’était comme démarrer une nouvelle entreprise. C’est pourquoi nous avons emménagé dans de nouveaux bâtiments, à Saint-Joseph-de-Beauce, tout en restant présents à Saint-Éphrem-de-Beauce », explique-t-elle.

En 2010, Régitex s’est complètement transformée et ne réalise plus que 5 % de ses ventes dans ses deux anciens principaux marchés.

Entreprise sans hiérarchie

Une fois la survie de Régitex assurée, Lisa Fecteau s’attaque à un autre projet colossal : la redéfinition du processus de gestion de sa propre entreprise. « À l’époque, je me rendais compte que la philosophie de gestion prônée par mon conseil d’administration allait à l’encontre de la mienne. Sous sa gouverne, j’avais le sentiment de ne pas être une vraie entrepreneure », se remémore-t-elle.

Elle décide d'abolir son CA et accroît la marge de manœuvre de son comité de direction. Bien qu’expérimentale, la formule fait rapidement ses preuves. Après une année, Lisa Fecteau se retire de ce dernier. « J’ai annoncé à ses membres qu’ils étaient capables de diriger le bateau eux-mêmes. Et c’était vrai : ils prenaient de meilleures décisions que moi! », s’exclame celle qui continue néanmoins de suivre de près les diverses activités de Régitex.

Peu après, le modèle est transposé à l’ensemble de l’entreprise. Les divisions sont abolies; à la place, douze équipes de travail sont formées en fonction des intérêts de chacun. Tous mettent ainsi leurs efforts en commun afin de s’attaquer, souvent de manière novatrice, à des problèmes qu’ils aimeraient résoudre. Dorénavant, ce sont les employés qui sont responsables de Régitex. Et ça fonctionne!

« Seul dans son coin, on fait des erreurs sans que personne s’en aperçoive. Dans un groupe, c’est impossible : personne ne peut prendre des décisions ridicules puisque tous sont responsables des conséquences. »

— Lisa Fecteau

Lisa Fecteau a annoncé l’an dernier à ses employés qu’ils n’auraient plus de cartes de pointage, car ils seraient dorénavant payés à la semaine et non à l’heure. « C’est, à mes yeux, la marque de confiance suprême. Fais confiance, et on t’accordera sa confiance », conclut l’entrepreneure.

 

Régitex en quelques chiffres

  • 90 : le nombre d’employés de Régitex
  • 70 : le pourcentage du chiffre d’affaires provenant des États-Unis
  • 2 : le nombre d’usines
  • De 1 à 1,8: les investissements annuels (en millions de dollars canadiens) dans la recherche et le développement

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