Histoires d'entrepreneurs

Faire de la Gaspésie un projet entrepreneurial de vie, L’histoire de Claudine Roy

Vendredi 16 août 2019

Faire de la Gaspésie un projet entrepreneurial de vie

L’histoire de Claudine Roy

Des confitures aux petits fruits qu’elle vendait aux voisins lorsqu’elle était enfant, à ses multiples projets en restauration, en hébergement et en événementiel, Claudine Roy a toujours porté en elle la fibre entrepreneuriale. Sacrée chevalière de l’Ordre national du Québec, puis membre de l’Ordre du Canada, cette entrepreneure en série n’a de limites que sa Gaspésie natale, qu’elle entend faire aimer de tous.

Native de Pointe-à-la-Frégrate, Claudine Roy raconte être pratiquement venue au monde avec le sens des affaires. « Mes parents étaient riches d’amour, mais pauvres en ressources financières, raconte-t-elle. Dès mon plus jeune âge, je travaillais pour gagner des sous. »

Cueillette de bouteilles vides à la salle de danse du patelin, artisanat vendu en bordure de route, thalassothérapie pour les clients américains de l’hôtel de sa tante… cette soif de concrétiser des projets entrepreneuriaux ne s’est pas assouvie au fil des années, elle s’est même accentuée.

Un départ en force

Après des études en éducation physique, puis en sciences de l’éducation pendant lesquelles elle occupe de deux à trois emplois à la fois, Claudine Roy travaille à la fois comme enseignante et comme directrice des loisirs. Elle passe aux « affaires sérieuses », de ses propres mots, en 1985 et lance le bar-bistro Brise-Bise, qui a été un des premiers établissements à proposer de la bière pression et des bières locales dans la région. « Je suis allée m’inspirer à Montréal, puis à Paris pour voir ce qui se faisait dans les bistros », souligne-t-elle.

Son entreprise a pu compter sur du « sociofinancement », avant même que ce terme ne soit popularisé. « J’ai d’abord émis 50 certificats d’actions de catégorie F à 2 000 $, grâce auxquels j’ai amassé 100 000 $, explique-t-elle. Un an plus tard, j’en ai émis 350 comme ça allait très bien, tellement d’ailleurs, que j’ai acheté l’immeuble, agrandi le bistro sur deux étages et aménagé un coin spectacle. »

Elle a signé un chèque écrit à la main, accompagné d’une lettre personnelle, aux 400 personnes qui lui avait alors fait confiance. L’endroit s’est ainsi imposé au fil du temps, devenant « le poumon » de la ville de Gaspé, où bon nombre d’artistes ont donné des spectacles, de Michel Rivard, à Richard Desjardins en passant par Ariane Moffatt.

Elle a mené le bateau pendant 30 ans, puis l’a transféré à Simon Poirier, en 2014.

Une entrepreneure en série

Cette « véritable » incursion dans le monde entrepreneurial marquera le début d’une longue aventure sur le chemin des affaires qui donnera le ton de son existence.

Achat d’immeubles et de terrains, acquisition d’une église qui allait être démolie au cœur du centre-ville pour en faire un centre culturel… Si elle n’a pas tout gardé, elle s’assure toutefois que lorsqu’elle revend, les acheteurs ont pour souhait de perpétuer la mission de l’entreprise et de prendre soin de leur nouvel actif. « Je me réalise autant en ayant la vision pour fonder une entreprise qu’en la menant à bon port. »

Tous ses projets, elle les finance en grande partie par elle-même et à l’aide d’amis qui lui prêtent de l’argent, puis qu’elle rembourse ensuite à des taux d’intérêt avantageux. « Quand on bâtit son crédit au fil des années et que les affaires roulent bien, on a accès à de très bonnes marges de crédit et on peut ensuite faire des transactions rapidement », mentionne celle qui est indépendante financièrement depuis longtemps, mais qui n’en a jamais fait un objectif en soi.

En 2003, elle se tourne vers l’événementiel avec les Traversées de la Gaspésie. Il s’agit d’un rendez-vous annuel qui vise à faire connaitre son « pays » une semaine pendant l’hiver (ski et raquette) et une pendant l’automne (randonnée pédestre) aux Gaspésiens, mais aussi aux touristes nationaux et internationaux. L’événement a attiré autant l’attention de la presse canadienne que la presse américaine et européenne.

Plus récemment, elle a acheté une ancienne résidence patrimoniale datant de 1865, qui est devenue l’Auberge sous les arbres en 2014 et qu’elle dirige avec ses deux sœurs. Encore une fois, un projet de Claudine Roy est couronné du sceau de la réussité puisque l’établissement connait le succès en peu de temps, obtenant le prix du meilleur hôtel au Canada en 2018, décerné par le site de réservation en ligne Hotels.com, une première pour un établissement au pays.

La seule chose qui rallie toutes ces expériences est l’humain. « En affaires, si tu veux mobiliser la population et les bénévoles, particulièrement aujourd’hui avec le manque de main-d’œuvre et de ressources financières, il faut savoir écouter et être la plus humaine des humaines. »

C’est entre autres ce qui explique son succès, de son avis, puisque cette philosophie lui a permis de tisser des liens avec des gens de partout au pays et à l’international, une fierté pour elle, « une Gaspésienne qui vient du bout du monde ».

Savoir passer le flambeau

Selon Claudine Roy, la pérennité d’une entreprise passe par la capacité à lâcher prise. « Je vois trop de propriétaires d’entreprise qui s’y accrochent, refusant de la laisser aller et croyant qu’ils sont les seuls à être capable de la mener à bon port. » Elle donne en exemple le bistro Brise-Bise, pour lequel plusieurs acheteurs avaient montré de l’intérêt, mais qui, au final, déclinaient en lui mentionnant que personne sauf elle ne pouvait diriger le restaurant à Gaspé, car il lui était trop associé. « Je suis allée à contre-courant de cette pensée et je l’ai transféré à 100 % à un jeune Gaspésien, que j’ai financé et qui est meilleur gestionnaire que moi, précise-t-elle. C’est une question de vouloir et de confiance. » Elle l’accompagne, l’encadre et le conseille toujours depuis, entretenant « un peu une relation mère-fils ».

Enfin, elle a aussi suivi un cours d’administrateur certifié il y a six ans et siège à de nombreux conseils d’administration pour apporter son savoir régional, notamment à Investissement Québec et à La Cage – Brasserie sportive, en plus d’être vice-présidente de l’Association des restaurateurs du Québec.

L’entrepreneure en chiffres

3 : le chiffre d’affaires en millions de dollars du bistro Brise-Bise à Gaspé, une ville de seulement 17 000 habitants.

800 000 : le chiffre d’affaires de l’Auberge sous les arbres qui compte 15 chambres

72 : le taux d’occupation de l’Auberge sous les arbres, alors que la moyenne de taux d’occupation à Gaspé est généralement de 52 %.

2 : le nombre de fois où elle a été couronnée par les gouvernements provincial et fédéral, respectivement chevalière de l’Ordre national du Québec en 2010, et membre de l’Ordre du Canada en 2019.

 

ENVIE D’EN SAVOIR PLUS?

Visitez le site Web de l’Auberge sous les arbres, le bistro Brise-Bise et les Traversées de la Gaspésie.

 

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