Histoires d'entrepreneurs · Lundi 18 septembre 2017

Groupe Simoneau : croître contre vents et marées

L’histoire de Nancy Simoneau

Presque du jour au lendemain, Nancy Simoneau devient présidente du Groupe Simoneau, l’entreprise fondée par son père. Mais avant d’amener son entreprise à atteindre les millions en chiffre d’affaires, elle devra affronter une bonne tempête.

« Je m’appelle Nancy »

En 1984, René Simoneau met sur pied une entreprise d’entretien de chaudières industrielles. Sa fille Nancy, alors adolescente, est déjà attirée par l’entrepreneuriat. Quelques années plus tard, diplôme des HEC en poche, elle passe pratiquement par tous les services de l’entreprise de son père, de la réception à la comptabilité. Comme commissionnaire, elle doit connaître le nom de toutes les pièces, qu’elle va chercher chez les fournisseurs et livrer sur les chantiers. Au bout d’un moment, elle devient vendeuse, puis vice-présidente des opérations.

À cette époque, Nancy Simoneau a environ 25 ans et elle s’efforce d’installer sa crédibilité auprès des employés de son père. « Lorsqu’on me demandait mon nom, je répondais juste : “Je m’appelle Nancy”. Je n’ai jamais voulu tirer avantage de mon nom de famille. »

Cette connaissance de l’entreprise et de l’équipe est essentielle pour attaquer les changements qui s’en viennent : en effet, elle a l’idée de réorienter l’entreprise de service vers une entreprise de fabrication. Elle souhaite fabriquer des chaudières, des unités de combustion servant à chauffer des bâtiments, un projet qui la motive énormément. « Aux HEC, j’ai compris que faire de la fabrication ou avoir un produit ajoute de la valeur à une entreprise. J’en ai parlé à mon père. Il y a pensé durant une journée et il a dit : “OK, c’est toi qui s’en occupe” ».

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La houle

Arrive alors 2001. René Simoneau a vieilli et son entreprise commence à se métamorphoser. Puis surviennent les attentats du 11 septembre. « Le monde est rendu trop fou, j’arrête », annonce-t-il à sa fille. « Je ne savais pas à ce moment-là que je n’étais pas prête à assumer la présidence, avoue Nancy Simoneau dans un éclat de rire. Si j’avais su ce qui m’attendait, je ne l’aurais peut-être pas fait. »

C’est que le départ de son père coïncide avec des temps plus difficiles pour l’entreprise. Groupe Simoneau est en restructuration, la clientèle est à refaire. Les factures se succèdent, les revenus de l’entreprise sont en chute libre. La présidente – et mère de trois enfants – est en mode survie. « Je craignais pour les actifs de mes parents. Chaque matin, j’essayais de sauver leur fonds de retraite. »

Elle décide donc de racheter la compagnie, calculant avoir moins à perdre, à 32 ans, que ses parents. Elle met une stratégie en place et s’accroche très fort.

Un phare dans la tempête

Durant ces épreuves, elle reçoit l’aide du Groupement des chefs d’entreprise, où elle a rencontré des gens de confiance qui l’ont encouragée. « Ils m’ont fait faire des prises de conscience importantes et m’ont fait voir qu’une entreprise traverse des cycles et des étapes de croissance. Il fallait que je m’accroche à ma vision et mes objectifs. »

Le groupe l’a aussi amenée à comprendre l’importance de briser l’isolement. « Comme chef d’entreprise, il y a des choses que tu ne peux pas partager avec tes employés, ou même ton conjoint et ta famille, parce que ça les insécuriserait. L’important est de s’ouvrir à des gens de confiance qui sont objectifs par rapport à la situation de l’entreprise. »

Cap sur la croissance

Ces difficultés ont finalement eu des répercussions très positives. Avec le recul, Nancy Simoneau affirme que ces obstacles ont été « notre plus grande chance » de repartir sur de bonnes bases. Les hauts et les bas ne lui font plus peur. Dans l’adversité, elle a appris à défendre l’essentiel, ses principes et ses valeurs. Ainsi, elle a développé son propre style de leadership et attiré des gens qui partagent ses valeurs. Elle est attentive aux forces de chacun et tente de les placer là où ils brilleront le mieux. « Je mets de l’amour dans l’entreprise et avec les employés. Il ne faut pas perdre ça de vue. »

Aujourd’hui, la tempête est derrière. Groupe Simoneau est un navire solide et en croissance, piloté par une présidente en pleine maîtrise de son marché. « Je me considère comme une femme d’affaires, mais je ne pense pas que j’aurais la même réussite dans une autre entreprise. Avec l’expérience, tu connais ton marché, les clients, les concurrents. C’est tout ça qui nous amène à faire les bons gestes. »

En 10 ans de lutte, n’a-t-elle jamais pensé à fermer? « Du tout, répond-elle, sans la moindre hésitation. J’avais une vision. Il y avait de la souffrance et de la restructuration à traverser, mais je savais où je m’en allais. » Nancy Simoneau a de la détermination pour deux et compte bien continuer à mener sa barque dans son industrie.

Groupe Simoneau en chiffres

25 : le chiffre d’affaires en millions de dollars, consolidé en
1 usine à Boucherville et 3 bureaux avec entrepôts à Drummondville, Toronto et Hudson (Wisconsin)
20 à 35 : le nombre de chaudières fabriquées par année
30 : le pourcentage des postes de direction occupés par des femmes

 

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